{"id":14388,"date":"2025-10-02T15:59:26","date_gmt":"2025-10-02T14:59:26","guid":{"rendered":"https:\/\/strategiesconsultingfirm.com\/?p=14388"},"modified":"2025-10-02T15:59:46","modified_gmt":"2025-10-02T14:59:46","slug":"vers-la-barre-des-10-lafrique-a-laube-dun-nouvel-elan-pour-financer-son-agriculture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/strategiesconsultingfirm.com\/fr\/vers-la-barre-des-10-lafrique-a-laube-dun-nouvel-elan-pour-financer-son-agriculture\/","title":{"rendered":"Vers la barre des 10 % : l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019aube d\u2019un nouvel \u00e9lan pour financer son agriculture"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Contexte : Maputo, Malabo\u2026 et maintenant Kampala<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Depuis la D\u00e9claration de Maputo en 2003, puis celle de Malabo en 2014, les chefs d\u2019\u00c9tat africains ont r\u00e9affirm\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises leur volont\u00e9 de faire de l\u2019agriculture une priorit\u00e9 strat\u00e9gique, s\u2019engageant \u00e0 lui consacrer au moins 10 % de leurs budgets nationaux. Pourtant, vingt ans plus tard, la r\u00e9alit\u00e9 reste largement en de\u00e7\u00e0 des ambitions affich\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce constat ne doit pas \u00eatre vu comme un simple aveu d\u2019\u00e9chec, mais plut\u00f4t comme une invitation \u00e0 un sursaut collectif; car une nouvelle fen\u00eatre d\u2019opportunit\u00e9 s\u2019ouvre : en 2026, le continent entamera la mise en \u0153uvre de la <strong>Strat\u00e9gie de Kampala (2026\u20132035)<\/strong>, une feuille de route ambitieuse cens\u00e9e redonner souffle au d\u00e9veloppement agricole. Dans cette perspective, le respect effectif de l\u2019engagement des 10 % devient plus que jamais un <strong>test de coh\u00e9rence politique et budg\u00e9taire<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>1. L\u2019importance du seuil des 10 % : un objectif structurant<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Pourquoi viser 10 % ? Ce seuil n\u2019a rien d\u2019arbitraire. Il repose sur une base technique et \u00e9conomique solide : selon la <strong>FAO et la Banque africaine de d\u00e9veloppement<\/strong>, une allocation budg\u00e9taire significative \u00e0 l\u2019agriculture est essentielle pour stimuler la croissance inclusive, r\u00e9duire la pauvret\u00e9 rurale, et renforcer la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire \u00e0 l\u2019\u00e9chelle continentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans de nombreux pays africains, le secteur agricole repr\u00e9sente entre <strong>20 % et 40 % du PIB<\/strong> et emploie <strong>plus de 60 % de la population active<\/strong>. Faute d\u2019investissements publics coh\u00e9rents, l\u2019agriculture reste domin\u00e9e par l\u2019informel, soumise aux al\u00e9as climatiques et de plus en plus d\u00e9pendante des importations. Renverser cette tendance exige de transformer le seuil des 10 % en <strong>standard budg\u00e9taire incontournable<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>2. Une minorit\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e8ves mod\u00e8les, beaucoup d\u2019absents<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p><strong>Tendances r\u00e9centes :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Entre 2021 et 2023<\/strong>, seuls trois pays \u2014 <strong>\u00c9thiopie, Burundi et Mauritanie<\/strong> \u2014 ont franchi la barre des 10 %. L\u2019\u00c9thiopie fait figure d\u2019exception, avec un effort budg\u00e9taire atteignant <strong>23 %<\/strong>, un niveau sans \u00e9quivalent sur le continent.<\/li>\n\n\n\n<li>Des pays comme le <strong>Mali<\/strong> ou le <strong>Niger<\/strong> flirtent avec les 9 %, mais peinent \u00e0 stabiliser leur effort dans le temps.<\/li>\n\n\n\n<li>La majorit\u00e9 des \u00c9tats plafonnent entre <strong>4 % et 7 %<\/strong>, tandis que certaines puissances agricoles, comme le <strong>Nigeria<\/strong> ou <strong>l\u2019Afrique du Sud<\/strong>, peinent \u00e0 atteindre <strong>5 %<\/strong>.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Ce contraste met en lumi\u00e8re l\u2019\u00e9cart persistant entre les engagements politiques et les arbitrages r\u00e9els. Et pourtant, les preuves s\u2019accumulent : selon les donn\u00e9es de la FAO, <strong>chaque point budg\u00e9taire additionnel<\/strong> investi dans l\u2019agriculture entra\u00eene des gains en productivit\u00e9, des hausses de revenus ruraux et une plus grande r\u00e9silience face aux chocs alimentaires.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment expliquer ce paradoxe ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>3. Les obstacles persistants : quatre verrous \u00e0 desserrer<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019ambition des 10 % reste hors d\u2019atteinte non pas par manque d\u2019intention, mais en raison d\u2019un enchev\u00eatrement de contraintes structurelles. Ces freins doivent d\u00e9sormais \u00eatre affront\u00e9s avec lucidit\u00e9 si l\u2019Afrique veut tenir ses promesses au seuil de la Strat\u00e9gie de Kampala.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>a) Faible mobilisation des ressources fiscales : le nerf de la guerre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La capacit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat \u00e0 investir d\u00e9pend de sa facult\u00e9 \u00e0 mobiliser ses ressources. Or, dans bon nombre de pays africains, la <strong>pression fiscale reste inf\u00e9rieure \u00e0 15 % du PIB<\/strong>, ce qui limite les marges budg\u00e9taires.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre 2014 et 2018, les recettes fiscales ont progress\u00e9 de 16 %, mais les d\u00e9penses agricoles de seulement 13 %. R\u00e9sultat : des arbitrages qui privil\u00e9gient souvent la s\u00e9curit\u00e9, l\u2019administration ou le service de la dette, au d\u00e9triment d\u2019un secteur pourtant vital pour l\u2019\u00e9conomie nationale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>b) Le poids de la dette publique : un cercle vicieux budg\u00e9taire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La dette absorbe une part croissante des budgets africains. Dans certains pays, <strong>jusqu\u2019\u00e0 60 % des recettes<\/strong> sont consacr\u00e9es au remboursement de la dette. Le ratio service de la dette\/recettes est pass\u00e9 de <strong>4,4 % en 2010 \u00e0 9,2 % en 2023<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette dynamique \u00e9puise la capacit\u00e9 \u00e0 investir dans des secteurs structurants comme l\u2019agriculture. Moins d\u2019investissements aujourd\u2019hui, c\u2019est plus d\u2019importations demain \u2014 et donc une souverainet\u00e9 alimentaire toujours plus fragile.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>c) Une d\u00e9pendance prolong\u00e9e \u00e0 l\u2019aide ext\u00e9rieure : quand l\u2019urgence remplace la strat\u00e9gie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En moyenne, <strong>40 % des budgets agricoles<\/strong> sont encore assur\u00e9s par des bailleurs de fonds ou des ONG. Si cette aide comble certaines urgences, elle <strong>fragilise la planification de long terme<\/strong>, rend les pays vuln\u00e9rables aux changements d\u2019agenda des partenaires et limite leur autonomie strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le financement externe ne doit plus \u00eatre la charpente du budget agricole : il doit devenir un <strong>levier compl\u00e9mentaire<\/strong> d\u2019un effort national soutenu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>d) Probl\u00e8mes d\u2019ex\u00e9cution budg\u00e9taire : l\u2019agriculture victime des lenteurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame lorsque les cr\u00e9dits sont vot\u00e9s, ils ne sont pas toujours ex\u00e9cut\u00e9s. Complexit\u00e9 des proc\u00e9dures, lenteurs administratives, faible coordination intersectorielle : autant de facteurs qui entravent la bonne utilisation des ressources allou\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Cons\u00e9quence : des projets bloqu\u00e9s, des fonds inutilis\u00e9s, une confiance \u00e9rod\u00e9e. L\u2019efficacit\u00e9 de la d\u00e9pense publique est un chantier en soi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2192 En synth\u00e8se<\/strong>, la probl\u00e9matique agricole ne r\u00e9side pas uniquement dans le \u201ccombien\u201d budg\u00e9ter, mais dans <strong>le comment mobiliser, piloter, s\u00e9curiser et ex\u00e9cuter<\/strong> les ressources. C\u2019est l\u00e0 que se joue la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019action publique.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>4. Les leviers pour franchir le cap des 10 %<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p><strong>Sortir de l\u2019orni\u00e8re est possible. \u00c0 condition d\u2019activer une s\u00e9rie de leviers \u00e9prouv\u00e9s, port\u00e9s par une volont\u00e9 politique claire et une ing\u00e9nierie institutionnelle solide. La Strat\u00e9gie de Kampala fournit un cadre propice pour les mettre en \u0153uvre d\u00e8s 2026.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2022 D\u00e9velopper le financement mixte : conjuguer ambition publique et ressources priv\u00e9es<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Combiner budgets publics, capitaux priv\u00e9s et garanties de risque permet de d\u00e9multiplier l\u2019impact des investissements. Des outils tels que le <strong>cr\u00e9dit-bail<\/strong>, les <strong>fonds de garantie<\/strong> ou les <strong>plateformes de co-investissement<\/strong> montrent d\u00e9j\u00e0 leur efficacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La plateforme <strong>SFI-OCP<\/strong>, qui ambitionne de mobiliser <strong>800 millions de dollars d\u2019ici 2030<\/strong>, en est un exemple embl\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2022 Int\u00e9grer l\u2019agriculture dans la finance inclusive : bancariser pour transformer<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Des millions de producteurs restent exclus du syst\u00e8me financier formel. Pour les inclure, il faut <strong>adapter les produits financiers<\/strong>, renforcer la bancarisation, encourager les fintechs rurales et d\u00e9velopper des incitations cibl\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Une agriculture inclusive commence par <strong>une finance qui comprend les r\u00e9alit\u00e9s rurales<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2022 Renforcer la gouvernance et la transparence : piloter pour performer<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9er des <strong>comit\u00e9s de pilotage multisectoriels<\/strong>, renforcer les capacit\u00e9s des minist\u00e8res agricoles, mettre en place des <strong>m\u00e9canismes de redevabilit\u00e9<\/strong> : telles sont les conditions pour garantir une ex\u00e9cution budg\u00e9taire efficace et visible.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2022 Repenser la dette : transformer une contrainte en opportunit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Explorer des m\u00e9canismes de <strong>conversion de dette en investissements agricoles<\/strong> peut lib\u00e9rer de nouvelles marges de man\u0153uvre. Ce chantier n\u00e9cessite une diplomatie financi\u00e8re active et une strat\u00e9gie d\u2019affectation claire des ressources lib\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2022 Cr\u00e9er une dynamique r\u00e9gionale : apprendre, harmoniser, mutualiser<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La <strong>D\u00e9claration de Kampala<\/strong> offre un espace pour renforcer les synergies r\u00e9gionales : partage d\u2019exp\u00e9riences, harmonisation des outils budg\u00e9taires, mutualisation des ressources.<\/p>\n\n\n\n<p>Une dynamique collective est essentielle pour passer <strong>d\u2019actions isol\u00e9es \u00e0 des impacts continentaux<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u2192 Ces leviers ne sont pas th\u00e9oriques. Ils sont disponibles, applicables et adaptables. Le d\u00e9fi est d\u00e9sormais politique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>5. Recommandations pour une mise en \u0153uvre cr\u00e9dible<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p>Passer \u00e0 l\u2019action suppose des choix clairs et des engagements concrets. Cinq recommandations prioritaires s\u2019imposent :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>D\u00e9signer un champion politique de haut niveau<\/strong>, capable d\u2019impulser et de coordonner les r\u00e9formes budg\u00e9taires agricoles ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Ancrer les d\u00e9penses agricoles dans une vision de transformation structurelle<\/strong>, et non dans la logique de subvention de survie ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Renforcer la fiscalit\u00e9 locale et sectorielle<\/strong> pour financer les besoins des territoires agricoles ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Mettre en place des m\u00e9canismes de garantie de cr\u00e9dit<\/strong> pour s\u00e9curiser l\u2019investissement priv\u00e9 ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Outiller les collectivit\u00e9s locales<\/strong> pour planifier, ex\u00e9cuter et suivre des projets agricoles \u00e0 fort impact.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion : une d\u00e9cennie d\u00e9cisive s\u2019ouvre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019Afrique aborde la p\u00e9riode 2026\u20132035 avec une strat\u00e9gie, des objectifs et un cap clairs. La barre des 10 % n\u2019est plus une promesse abstraite. Elle est devenue une <strong>condition de survie, de souverainet\u00e9 et de prosp\u00e9rit\u00e9 partag\u00e9e<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le respect de cet engagement ne se d\u00e9cr\u00e8te pas. Il se construit. Il exige du courage politique, une rigueur budg\u00e9taire assum\u00e9e et une gouvernance modernis\u00e9e. Si l\u2019Afrique y parvient, l\u2019agriculture \u2014 longtemps marginalis\u00e9e \u2014 pourrait enfin devenir le <strong>moteur de la transformation \u00e9conomique<\/strong> du continent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il est temps de faire du 10 % une r\u00e9alit\u00e9. Non plus une exception, mais une norme.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Franck Essi<\/em><\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Consultant Senior<strong><em>, STRATEGIES!<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contexte : Maputo, Malabo\u2026 et maintenant Kampala Depuis la D\u00e9claration de Maputo en 2003, puis celle de Malabo en 2014, les chefs d\u2019\u00c9tat africains ont r\u00e9affirm\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises leur volont\u00e9 de faire de l\u2019agriculture une priorit\u00e9 strat\u00e9gique, s\u2019engageant \u00e0 lui consacrer au moins 10 % de leurs budgets nationaux. 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